-asser


-asser

⇒-ASSER, suff.
Suff. conférant une valeur péj. et/ou fréquentative aux verbes (ou périphrases verbales) auxquels il s'ajoute.
A.— Le suff. a une valeur dimin. et dépréc. (le procès indiqué par la base n'aboutit pas à un résultat positif) :
bardasser ou berdasser, dial. de l'Ouest ou can. 1. Bavarder, bredouiller, radoter, rabâcher. 2. S'occuper à des riens, s'agiter à rien faire, se mêler de tout, embrouiller un travail. 3. Remuer en faisant du bruit, secouer (même racine que bredouiller, cf. FEW t. 1, s.v. brittus; pour le sens 3, penser aussi à berdanser « agiter, secouer » [MOISY 1885, VERR.-ON. t. 1 1908]); reste sans bouger, ben à l'aise, au lieu de « bardasser » tout le temps entre les couvertes (HÉMON, Maria Chapdelaine, 1916, p. 200)
bavasser. « Bavarder », sur bave « bavardage » (le même rad. que bavard); cf. aussi bavacher
dormasser. « Somnoler »; celles qui dormassaient sur les banquettes se réveillèrent en sursaut et se frottèrent les yeux (HUYSMANS, Marthe, 1876, p. 36; seule attest. dans le corpus littér. T.L.F.)
écrivasser. « Écrire, sans aboutir à un résultat »; nous discuterions chaque virgule, si bien que jamais la première ligne ne s'établirait (...). Ce serait chose à accomplir une nuit où le Graal voudrait que nous fussions réunis et sans écrivasser, en contant! (VALÉRY, Correspondance [avec Gide], 1891, p. 116); cf. aussi VALÉRY, Correspondance, 1896, p. 255
grognasser, pop. et région. « Grogner d'une façon habituelle et fatigante » (Lar. 19e)
jacasser. « 1. Se dit de la pie qui pousse son cri. 2. Parler avec volubilité et d'une voie criarde; parler à plusieurs de choses futiles » (sur jaqueter formé sur Jaquette nom pop. du geai, avec influence de coasser, croasser; cf. aussi a.fr. agacer (/-asser sur agace « pie »)
rêvasser. « Penser longuement à des sujets imprécis, changeants » (sur rêver)
rimasser. « Faire de mauvais vers »
tracasser. « Tourmenter avec insistance, de façon plus agaçante que douloureuse » (sur traquer)
traînasser. « 1. Aller de-ci de-là. 2. Mettre beaucoup de temps à faire quelque chose » (sur traîner)
La base est un subst. entrant dans une périphrase verbale :
finasser. « User de mauvaises finesses » (LITTRÉ); commutation de -asser avec -esser dans finesser; cf. auss. l'expr. jouer au plus fin)
paperasser. « Écrire, sans aboutir à un bon résultat » ou « compulser, manier de la paperasse »; j'ai écrit ou paperassé dans la matinée (MAINE DE BIRAN, Journal, 1816, p. 228); je n'ai rien trouvé de mieux que de paperasser, de revoir mes vieux souvenirs, mes écritures (E. DE GUÉRIN, Journal, 1835, p. 77); (il) se tue à paperasser l'infiniment petit du document sec (E. et J. DE GONCOURT, Journal, 1863, p. 1329); l'homme aux lunettes vertes, s'asseyant devant le bureau, se mit à paperasser fébrilement (BENOIT, l'Atlantide, 1919, p. 128); formé à partir d'une périphrase verbale comme faire de la paperasse
Rem. B. Hasselrot (Ét. sur la formation dimin. dans les lang. romanes, Uppsala, 1957, p. 93) signale que Stendhal a créé conspirasser.
B.— La base est un verbe impers. ou une périphrase verbale exprimant un phénomène climatique. Le suff. a une valeur le plus gén. dépréc. (dimin.) :
neigeasser. « Neiger peu abondamment » (noté ds P. DAVIAULT, Qq. créations can. [Vie et Lang., avr. 1955], cité ds B. HASSELROT, Ét. sur la formation dimin. dans les lang. romanes, Uppsala, 1957)
pleuvasser. « Pleuvoir peu abondamment, d'une manière irrégulière »; dial. de l'Ouest ds FEW t. 9, p. XXX, il pleuvassait deux jours sur trois (BENJAMIN, Gaspard, 1915, p. 116)
La base est un subst. entrant dans une périphrase verbale comme il y a, il fait du brouillard, de la brume :
brouillasser. « 1. Bruiner. 2. Se dit d'un temps de brouillard » (d'apr. LITTRÉ, qui note « ce verbe, très usité dans le parler ordinaire, n'est pas reçu dans le langage écrit »)
brumasser. « Se dit d'un temps de légère brume » (attesté ds JACQUEMONT, 1837, cité ds GUÉRIN 1892)
Rem. 1. Noter la valeur expr. — tantôt augmentative, tantôt péj. — de certains verbes qui ne sont pas des dér. : fracasser, fricasser, rapetasser, ressasser, tabasser. Inversement harasser n'est plus senti comme un dér. verbal. 2. On notera également la valeur expr. de certains verbes formés à partir de subst. désignant des personnes : avocasser, auj. senti comme péj., alors qu'en m.fr. et encore au XIXe s., dans des dial. de l'Ouest, selon LITTRÉ, il n'avait pas de valeur péj. et signifiait simplement « plaider »; se prélasser; potasser, arg. « travailler avec acharnement »; qu'on dérive ordinairement de potasse est à rapprocher de potache « interne » puis « lycéen, collégien »; putasser « faire la putain » : on avait le besoin de voleter ou de putasser au Figaro (BLOY, Journal, 1893, p. 93).
PRONONC. — MART. Comment prononce 1913, pp. 33-34 écrit : ,,Même quand ils n'ont pas d'accent circonflexe, les a qui étaient fermés et longs [= post.], étant toniques, s'abrègent bien un peu, mais ne s'ouvrent guère le plus souvent quand ils deviennent prétoniques.`` Il indique ainsi en note que ,,L'a reste donc plus ou moins fermé, en devenant prétonique, dans casser, lasser et prélasser, classer (mais non classique) amasser et ramasser (moins dans ramassis), passer et trépasser, tasser et entasser.`` Pour les mots avec [] post. tonique, cf. la finale -asse.
ÉTYMOL. ET HIST.
A.— Étymol. — -asser (a.fr. -acer) a prob. été formé sur le suff. augm. péj. -ace/-asse.
Les dér. en -asser se développent à partir de la fin du XVe s. et au XVIe s. : rêvasser (1490), traînasser (1493), tracasser (1580), bavasser (1584). Les dér. en -asser se sont formés postérieurement ou simultanément aux dér. péj. en -ace, -asse. Subst. : harrache (courre à la harrache XIIIe s.; var. harace au XIVe s.; dér. harasser 1527); grimace (grimache fin XIVe s., sur a. fr. grimuche); lavasse (1447, sur laver); milliasse (1479, par commutation avec -on dans million); paperasse (1568, paperas 1553); populace (1572, paperas 1555, de l'ital. populaccio); chiasse (fin XVIe s., sur chier), etc. Adj. : homasse (XIVe s.); bonasse (fin XVe s. et var. bonace, ital. bonaccio); bravache (1510, ital. bravaccio); mollasse (mollace 1559, sur mol ou ital. molaccio).
B.— Productivité et vitalité. — La liste des dér. en -asser est très limitée; le suff. ne semble pas productif. Dans la liste des verbes dimin. et péj. dressée par Hasselrot (Ét. sur la vitalité de la formation dimin. au XXe s. Uppsala, 1972, p. 67), on ne voit aucun verbe en -asser; cependant, A. Doppagne ds Le Néol. chez Queneau, Cahiers de l'AIEF, n° 25, Paris, Les Belles Lettres, 1973, p. 97 relève dans Le Chiendent, p. 121, le hapax de discours formulasser.
B. Hasselrot (Ét. sur la formation dimin. dans les lang. romanes, Uppsala, 1957, p. 97), écrit : ,,en étudiant la formation fréquentative, en général on se rend vite compte que c'est l'ouest de la France, qui l'emporte pour ce qui est de la variété des moyens mis en œuvre``; des sondages ds le FEW confirment tout à fait ce point de vue pour -asser :
1. Verbes corresp. à A : bégasser « bégayer » (FEW t. 1, p. 314b); beuvasser « boire continuellement » (Ibid., p. 349b); bourrasser « bourrer, malmener » (Ibid., p. 642a); cacasser « caqueter » (Ibid. t. 2, 1, p. 47a); coupelasser « couper maladroitement; couper par petits morceaux » (Ibid. t. 2, 2, p. 871b); cracasser « craquer, se casser avec un bruit sec; gronder en criant, caqueter, agacer » (Ibid., pp. 1270a); effilasser « effilocher » (Ibid. t. 3, p. 527a); fertasser « faire du bruit en cognant, remuer, en faisant du bruit » (même racine que frotter, frétiller), feurtasser (Ibid., t. 3, p. 785b) frétasser (JAUBERT) « frétiller »; fouinasser « fouiner, chercher partout, fureter » (Ibid. t. 3, p. 370 a); graguenasser « se dit du mouvement des dents quand on mange quelque chose de dur » (sur craquer, Ibid. t. 2, 2, p. 1269 a); grelasser « se dit du bruit qui se fait dans la poitrine quand on a une bronchite », gueurlasser « être atteint d'une toux légère et fréquente » (Ibid., t. 16, p. 60 a); grignasser, attesté par grignasseries « paroles, gestes maussades » (Ibid., t. 16, p. 68 a); petasser, pétasser « faire manuellement quelque chose de malpropre; toucher à tout; radoter; mourir » (sur péter, Ibid. t. 8, p. 138a); rabasser « répéter souvent et inutilement les mêmes choses » (m.fr. et dial.; même rad. que rabâcher, Ibid., t. 10, 3b); rancasser « râler » (Ibid., t. 10, p. 467b); rouinasser (Ibid., p. 463a); tirasser, m.fr., nouv. fr. « tirailler » (Ibid., t. 6, 1, p. 402a); tournasser « tourner, remuer » (Ibid., VIII, 2, p. 63a).
2. Verbes corresp. à B : berrouasser, brouasser, brougnasser (FEW t. 15, 1, p. 298b); breugnasser, brugnasser (Ibid. t. 9, p. 491a).
BBG. — DUCH. 1967. 5 60. — HASSELROT (B.). Ét. sur la formation dimin. ds les lang. rom. Uppsala-Wiesbaden, 1957, 344 p. — HASSELROT (B.). Ét. sur la vitalité de la formation dimin. fr. au XXe s. Uppsala, 1972, 112 p. — LEW. 1960, pp. 339-340.

-asser
Suffixe à valeur diminutive, dépréciative et/ou fréquentative servant à former de nombreux verbes. Ex. : dormasser (1876, Huysmans), écrivasser (1891, Valéry), grognasser (pop. et régional), paperasser, rêvasser, traînasser, neigeasser, pleuvasser, brouillasser, brumasser.

Encyclopédie Universelle. 2012.